Notre rencontre du mois !

Sarah Mougharbel lors de la rencontre du mois avec Access CVL.
À la rencontre de Sarah Mougharbel, fondatrice de Wyes !

Entrepreneuse engagée et fondatrice de Wyes, Sarah Mougharbel travaille à rendre la communication plus accessible aux personnes en situation de communication empêchée grâce aux nouvelles technologies. À travers ses lunettes connectées, Wyes propose une solution innovante qui permet notamment de communiquer par le regard, grâce à un calibrage intelligent assisté par l’intelligence artificielle. Cette technologie vise à faciliter et fluidifier les échanges entre le patient, son entourage et les professionnels de santé.Dans cette interview, elle revient sur son parcours d’entrepreneuse et le lien entre Wyes et ACCES CVL, Tiers-Lieu d’Expérimentation dédié à l’innovation en santé numérique.

Comment avez-vous découvert l’existence des Tiers-Lieu d’Expérimentation et d’ACCES CVL ?

“À l’origine, c’est l’hôpital de Tours qui est venu vers nous, avec un besoin identifié dans le service de réanimation : pouvoir mieux communiquer avec les patients. Ils cherchaient des solutions pour avancer sur cette problématique, et plusieurs appels à projets (AAP) ont permis de contribuer au financement des solutions envisagées.

Nous avons souhaité prendre le temps de faire des expérimentations, de tester les dispositifs et de voir ce qui pouvait réellement répondre aux besoins du terrain. Pour cela, nous avons monté un consortium en réunissant les acteurs les plus pertinents et les plus concernés : des professionnels de santé, des acteurs de l’innovation et des chercheurs. L’objectif était d’adapter les technologies aux usages et aux besoins des patients. Nous avions déjà entendu parler des TLE, mais cela restait assez flou pour nous. Nous connaissions notamment une initiative en Bretagne autour du handicap. Ce projet était aussi l’occasion de faire rayonner notre territoire et de montrer ce qui pouvait être développé localement autour de l’innovation en santé.”

Qu’attendez-vous de cet accompagnement au départ ? Vos attentes ont-elles évoluées ?

“En tant que startup, ce que nous cherchons avant tout, c’est à créer une solution la plus pertinente possible pour l’utilisateur. Nous pouvons bien sûr l’évaluer de manière empirique, mais l’enjeu est tellement important permettre à de jeunes enfants ou à des adultes d’apprendre à s’exprimer, ou encore permettre à des personnes fragilisées en service de réanimation de communiquer qu’il est essentiel d’aller plus loin. Cela peut aussi contribuer à améliorer leur prise en charge.

Nous avons donc besoin d’une analyse très pointue pour comprendre les usages, mesurer les effets de la solution et continuer à améliorer le projet. C’est tout l’intérêt de réunir une équipe avec des compétences et des regards complémentaires.

En réalité, ces attentes étaient présentes dès le départ. Nous voulions avant tout répondre à un besoin concret du CHU. Nous n’avions pas envie de développer une solution simplement pour développer une solution, sans qu’elle ait une réelle utilité sur le terrain. L’idée, c’était vraiment d’être dans une logique de « win-win », avec une solution qui réponde aux besoins des professionnels et des patients, tout en nous permettant de faire progresser notre technologie.

Notre principale frustration concerne davantage le timing. Le projet a été fortement ralenti par différents aspects, notamment réglementaires. Nous avions envie de démarrer rapidement dans le concret, d’aller sur le terrain et de pouvoir expérimenter la solution avec les utilisateurs. C’est ce passage à l’expérimentation réelle que nous attendons particulièrement.“

Quel rôle joue concrètement l’accompagnement d’ACCES CVL dans le développement du projet ?

“L’intervention d’ACCES CVL a apporté une valeur ajoutée majeure : en coordonnant l’étude, en rassemblant des chercheurs, des sociologues et des linguistes et en répartissant les responsabilités pour maximiser les compétences de chaque participant. Avoir une entité capable de rassembler l’ensemble des acteurs, de coordonner les échanges et de répartir le travail est vraiment précieux pour nous. Cela permet à chacun de se concentrer sur son expertise, tout en avançant de manière coordonnée autour d’un même objectif.”

Quel conseil donneriez-vous à un porteur de projet qui hésiterait encore à rencontrer un TLE ?

“Je conseillerais à un porteur de projet de faire confiance aux compétences d’ACCES CVL et du TLE pour l’accompagner et calibrer une étude réellement personnalisée, en fonction de la technologie développée et des besoins du projet.

Leur rôle est notamment de faire le lien entre les différents acteurs et de s’assurer que toutes les pièces du puzzle sont réunies. C’est précieux, car cela permet aussi de bénéficier d’un accompagnement sur toute la partie administrative, qui peut être assez lourde dans ce type de projet.

De notre côté, même si le CHU ne nous avait pas contactés, nous aurions cherché à trouver les moyens de mettre en place des expérimentations. Nous avons toujours souhaité travailler dans une logique de co-conception, en impliquant les professionnels de terrain dès que possible. Mais avoir l’opportunité de les mobiliser et de travailler directement avec eux est une vraie chance, parce que leur expertise nous permet de construire une solution au plus près des besoins.“

Comment s’est organisée la sélection des terrains d’expérimentation et le calibrage de l’étude en fonction des besoins du projet ?

“Nous avons d’abord travaillé ensemble sur l’évaluation de la technologie : comprendre ce qu’elle permet de faire, à quels utilisateurs elle peut répondre aujourd’hui, mais aussi à quels autres publics elle pourrait répondre demain. La démarche part vraiment des besoins des utilisateurs : on identifie un besoin et on cherche ensuite à voir comment notre solution peut y répondre de la manière la plus pertinente possible.

L’équipe nous a ensuite proposé de tester la technologie sur plusieurs terrains d’expérimentation. C’est une démarche de co-construction : chaque acteur apporte son expertise et chacun peut y trouver un intérêt. Les terrains sont donc sélectionnés en fonction des besoins identifiés, mais aussi en adéquation avec les envies et les objectifs du porteur de projet. Cette démarche est également rendue possible grâce aux financements associés. Le soutien de la Banque des Territoires permet notamment de donner au projet le temps nécessaire pour mener les expérimentations dans de bonnes conditions, prendre le temps de bien faire les choses et construire une solution réellement adaptée aux besoins du terrain.“

Où en êtes-vous aujourd’hui dans le développement du projet, et quels sont vos besoins pour la suite ?

“Aujourd’hui, la principale difficulté reste une question de timing, notamment en raison de contraintes réglementaires. Il peut aussi y avoir un véritable choc de culture entre les institutions et les startups : nous, en tant que startup, nous devons avancer rapidement, car nous avons des enjeux de développement et de survie qui ne peuvent pas être mis à l’arrêt.

Cela signifie que certains développements doivent être réalisés avant même de pouvoir aller sur le terrain. Il y a donc un risque de devoir faire marche arrière ou de réadapter certaines fonctionnalités si les retours des professionnels ne sont finalement pas ceux que nous espérions. Nous avons ainsi développé un certain nombre de fonctionnalités sans avoir encore pu les tester directement avec les utilisateurs.

Aujourd’hui, notre principal besoin est donc de pouvoir enfin expérimenter la solution sur le terrain, confronter ce que nous avons développé aux réalités des professionnels et des patients, et pouvoir ajuster la technologie en fonction de leurs retours.“

Un grand merci à Sarah Mougharbel, fondatrice de Wyes, pour cet échange riche et inspirant. Merci pour son témoignage, son partage d’expérience et son engagement qui donnent tout son sens à son parcours entrepreneurial.

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